Gaspard de la Nuit(4) - Louis Bertrand
« Crois-tu, Mariette, qu'il viendra? - Oh! dormez, dormez un peu, Madame! - Oui, je dormirai bientôt pour rêver à lui toute l'éternité. »
On entendit quelqu'un monter l'escalier. « Ah! si c'était lui! » murmura la mourante, en souriant, le papillon des tombeaux déjà sur les lèvres.
C'était un petit page qui apportait de la part de la reine, à Madame la duchesse, des confitures, des biscuits et des élixirs sur un plateau d'argent.
« Ah! il ne vient pas, dit-elle d'une voix défaillante, il ne viendra pas! Mariette, donne-moi une de ces fleurs que je la respire et la baise pour l'amour de lui! »
Alors Madame de Montbazon, fermant les yeux, demeura immobile. Elle était morte d'amour, rendant son âme dans le parfum d'une jacinthe.
L'AIR MAGIQUE DE JEHAN DE VITTEAUX.
C'est sans doute un des
coqueluchiers des cornards d'Évreux, ou
un de la confrérie des Enfants
Sans-Souci de la ville de Paris, ou
bien un ménétrier qui chante la langue
d'oc.
FERDINAND LANGLE. - _Fabel de
la Dame de la belle sagesse._
La feuillée verte et touffue: un clerc du gai savoir qui voyage avec sa gourde et son rebec, et un chevalier armé d'une énorme épée à couper en deux la tour de Montlhéry.
LE CHEVALIER: - « Halte-là! ta gargoulette, vassal; j'ai trois grains de sable dans le gosier.
LE MUSICIEN: - À votre plaisir, mais n'y buvez qu'un petit coup, d'autant que le vin est cher cette année.
LE CHEVALIER _(faisant la grimace après avoir tout bu):_ - Il est aigre ton vin; tu mériterais, vassal, que je te brisasse ta gourde sur les oreilles. »
Le clerc du gai savoir approcha, sans mot dire, l'archet de son rebec et joua l'air magique de Jehan de Vitteaux.
Cet air eût délié les jambes d'un paralytique. Or voilà que le chevalier dansait sur la pelouse, son épée appuyée contre l'épaule comme un hallebardier qui va-t-en guerre.
« Merci! nécromant » cria-t-il bientôt, hors d'haleine. Et il giguait toujours.
« Oui-dà! payez-moi d'abord mon vin, ricana le musicien. Vos agneaux d'or, s'il vous plaît, ou je vous mène, ainsi dansant, par les vallées et les bourgs, au pas d'arme de Marsannay!
- « Tiens », - dit le chevalier, après avoir fouillé son escarcelle, et détachant son cheval dont les rênes étaient passées au rameau d'un chène - « tiens! et que m'étrangle le diable si je bois jamais à la calebasse d'un vilain! »
LA NUIT D'APRES UNE BATAILLE
Et les corbeaux vont commencer.
VICTOR HUGO.
I
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