Gaspard de la Nuit(4) - Louis Bertrand


Ici finit le sixième et dernier
Livre des Fantaisies
De Gaspard
De la
Nuit

À M. SAINTE-BEUVE.

 

Je prierai les lecteurs de ce
mien labeur qu'ils veuillent prendre en
bonne part tout ce que j'y ai écrit.
_Mémoires du_ SIRE DE
JOINVILLE.

L'homme est un balancier qui frappe une monnaie à son coin. Le quadruple porte l'empreinte de l'empereur, la médaille, du pape, le jeton, du fou.

Je marque mon jeton à ce jeu de la vie où nous perdons coup sur coup et où le diable, pour en finir, rafle joueurs, dés et tapis vert.

L'empereur dicte ses ordres à ses capitaines, le pape adresse des bulles à la chrétienté, et le fou écrit un livre.

Mon livre, le voilà tel que je l'ai fait et tel qu'on doit le lire, avant que les commentateurs ne l'obscurcissent de leurs éclaircissements.

Mais ce ne sont point ces pages souffreteuses, humble labeur ignoré des jours présents, qui ajouteront quelque lustre à le renommée poétique des jours passés.

Et l'églantine du ménestrel sera fanée, que fleurira toujours la giroflée, chaque printemps, aux gothiques fenêtres des châteaux et des monastères.

Paris, 20 septembre 1836.

 

 

_PIECES DÉTACHÉES_

EXTRAITES DU PORTEFEUILLE DE L'AUTEUR

 

 

LE BEL ALCADE.

Il me disait, le bel Alcade:
« Tant que pendra sur la cascade
Le saule aux rameaux chevelus,
Tu seras, vierge qui console,
Et mon étoile et ma boussole. »
Pourquoi pend donc encor le saule,
Et pourquoi ne m'aime-t-il plus?
_Romance espagnole._

C'est pour te suivre, ô bel Alcade, que je me suis exilée de la terre des parfums, où gémissent de mon absence mes compagnes dans la prairie, mes colombes dans le feuillage des palmiers.

Ma mère, ô bel Alcade, tendit de sa couche de douleurs la main vers moi; cette main retomba glacée, et je ne m'arrêtai pas au seuil pour pleurer ma mère qui n'était plus.

Je n'ai point pleuré, ô bel Alcade, lorsque le soir, seule avec toi et notre barque errant loin du bord, les brises embaumées de ma patrie traversaient les flots pour venir me trouver.

J'étais, disais-tu alors dans tes ravissements, ô bel Alcade, j'étais plus charmante que la lune, sultane de sérail aux mille lampes d'argent.

Tu m'aimais, ô bel Alcade, et j'étais fière et heureuse: depuis que tu me repousses je ne suis plus qu'un humble pécheresse qui confesse en pleurant la faute qu'elle a commise.


Quand donc, ô bel Alcade, sera-t-elle écoulée, ma source de larmes amères? Quand l'eau de la fontaine du roi Alphonse ne sera plus vomie par la gueule des lions.

 


L'ANGE ET LA FÉE.

 

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