Gaspard de la Nuit(1) - Louis Bertrand
- Et l'art, lui demandai-je?
- J'étais un jour occupé, devant l'église Notre-Dame, à considérer Jacquemart, sa femme et son enfant, qui martelaient midi. - L'exactitude, la pesanteur, le flegme de Jacquemart seraient le certificat de son origine flamande, quand même on ignorerait qu'il dispensait les heures aux bons bourgeois de Courtrai, lors du sac de cette ville, en 1383. Gargantua escamota les cloches de Paris, Philippe-le-Hardi l'horloge de Courtrai; chaque prince à sa taille. - Un éclat de rire se fit entendre là-haut et j'aperçus, dans un angle du gothique édifice, une de ces figures monstrueuses que les sculpteurs du moyen-âge ont attachées par les épaules aux gouttières des cathédrales; une atroce figure de damné qui, en proie aux souffrances, tirait la langue, grinçait des dents et se tordait les mains. - C'était elle qui avait ri.
- Vous aviez un fétu dans l'oeil! m'écriai-je.
- Ni fétu dans l'oeil, ni coton dans l'oreille. - La figure de pierre avait ri, - ri d'un rire grimaçant, effroyable, infernal - mais sarcastique - incisif - pittoresque. »
J'eus honte pour moi d'avoir eu si longtemps affaire à un monomane. Cependant j'encourageai d'un sourire le rose-croix de l'art à poursuivre sa drôlatique histoire.
- « Cette aventure, continua-t-il, me donna a réfléchir. - Je réfléchis que, puisque Dieu et l'amour étaient les premières conditions de l'art, ce qui dans l'art est _sentiment,_ - Satan pourrait bien être la seconde de ces conditions, ce qui dans l'art est _idée._ - N'est-ce pas le diable qui a bâti la cathédrale de Cologne?
« Me voilà en quête du diable. Je blémis sur les livres magiques de Cornelius Agrippa et j'égorge la poule noire du maître d'école mon voisin. Pas plus de diable qu'au bout du rosaire d'une dévote! Néanmoins il existe: - saint Augustin en a, de sa plume, légalisé le signalement: _Daemones sunt genere animalia, ingenio rationabilia, animo passiva, corpore aerea, tempore aeterna._ Cela est positif. Le diable existe. Il pérore à la chambre, il plaide au palais, il agiote à la bourse. On le grave en vignettes, on le broche en romans, on l'habille en drames. On le voit partout, comme je vous vois. C'est pour lui épiler mieux la barbe que les miroirs de poche ont été inventés. Polichinelle a manqué son ennemi et le nôtre. Oh! que ne l'a-t-il assommé d'un coup de bâton sur la nuque!
« Je bus l'élixir de Paracelse, le soir avant de me coucher. J'eus la colique. Nulle part le diable en cornes et en queue.
发表评论
[注册帐号] [控制面板] [用户登陆] [用户收藏] [添加文章] [管理文章] [退出登陆]